A propos du e-Gouvernement
AGENCE DE GESTION DES NOUVELLES TECHNOLOGIES DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION (AGeNTIC)
Qu’en est il vraiment du e-Gouvernement?
Il est incontestable aujourd’hui dans notre pays que le secteur public occupe une position stratégique et joue un rôle clef dans le processus de développement de notre nation. L’administration publique se doit de répondre aux besoins des citoyens. Cette mission est en principe accomplie à travers la fourniture de services publics participatifs et novateurs par des fonctionnaires capables et compétents, travaillant avec engagement dans leurs rôles respectifs. Mais malheureusement, Il existe aujourd’hui un déficit dans la marche des systèmes d’administration publique dans la majorité des pays africains et particulièrement dans le notre. Ces écarts sont le résultat d’une cumulation de causes telles que l’insuffisance des ressources financières et matérielles pour la fourniture des services, à laquelle s’ajoute les progrès technologiques dans un environnement mondialisé. Dans une tentative de combler cet écart, le gouvernement actuel, dans sa dynamique du changement, ambitionne de réformer, moderniser et réinventer les systèmes d’administration publique. La réforme du secteur public est un processus multidimensionnel et si on se situe dans le contexte des TIC, il s’agit de voir comment elles peuvent être utilisées comme outil pour une meilleure réforme et de meilleurs résultats ; Comment les TIC peuvent-elles servir comme moteur de la réforme ?
Il est reconnu aujourd’hui que les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) constituent, sans équivoque, un passage obligé pour le développement humain et un vecteur d’intégration des communautés. En effet, elles offrent de nombreuses opportunités de développement à tout pays à travers :
- L’accélération de la croissance économique et la promotion de l’emploi ;
- L’amélioration de la compétitivité ;
- L’amélioration de la qualité et de la flexibilité de la main d’œuvre ;
- L’amélioration de la qualité de service au sein de l’administration publique ;
- L’intégration au marché mondial.
Les TIC permettent donc à tout le pays de s’approprier le savoir dont il a besoin pour impulser son développement harmonieux et intégré, et c’est sur cette base que le Gouvernement de la République du Bénin s’est engagé à mettre en œuvre une véritable politique nationale pour l’assainissement, le redressement et la dynamisation du secteur des télécommunications et des technologies de l’information et de la communication par laquelle il pourra saisir les opportunités de développement socio-économique offertes par ces outils et concepts.
Une vision a été formulée par l’actuel gouvernement et un plan TIC est actuellement promu ; il formule les mesures d’urgences, les mesures d’assainissement, les mesures de soulagement immédiat pour le grand public, les mesures d’ordre stratégique, les priorités et les recommandations pour que le Bénin soit à moyen et à long terme « le quartier numérique de l’Afrique ». Parmi les grands programmes stratégiques dans le domaine des TICs au Bénin, figure en bonne place le Projet E-Gouvernement. Pour mettre en place les bases d’une économie émergente au Bénin, les Technologies de l’Information et de la Communication devront jouer un rôle essentiel.
Le Gouvernement, pour mieux répondre aux principales préoccupations des populations, en particulier celles portant sur l’amélioration de leurs conditions de vie, entend impulser une dynamique pour la mise en place d’une administration moderne et tournée vers le développement, qui se montre exemplaire en terme de gouvernance et de promotion du secteur privé.
Actuellement, le concept de e-Gouvernement est un sujet de débats récurrents à travers les pays où les communautés vont tirer profit de la commodité des services offerts en ligne, de la transparence des processus de prise de décision et d’une approche plus coordonnée, plus intégrée et plus efficace.
Avant d’aller plus loin dans la présentation des défis de développement du e-Gouvernement au Bénin, il convient d’arrêter une définition précise de la notion de « e-Gouvernement ».
L’expression « e-Gouvernement » englobe généralement deux notions : La dématérialisation des procédures publiques et la numérisation intégrale de l’accès aux services publics de l’Etat et des administrations locales. L’utilisation des Technologies de l’Information et de la Communication dans les administrations, établissements publics et collectivités locales. Il s’agit ici de la mise en place de systèmes d’information « métiers » permettant un traitement électronique des procédures publiques, indépendamment de leur mise en ligne.
ENJEUX LIES AU DEVELOPPEMENT DU e-GOUVERNEMENT
Qu’elle recherche l’efficacité par la substitution à des services administratifs déficients, par l’optimisation et la simplification de services existants, toute stratégie de développement du e-Gouvernement doit composer avec trois enjeux de taille :
Une coordination efficace : au succès initial lié à la pluralité des initiatives (e-Finances, e-Justice, e-Foncier, e-collectivités, e-éducation, e-Port, etc.), fruit d’une démarche volontaire et pragmatique répondant à un réel besoin des citoyens et des entreprises, tendant a créer un climat d’émulation, doit se substituer progressivement un nouveau mode d’organisation afin que, de la volonté de simplification des procédures publiques, n’émerge pas un labyrinthe de solutions virtuelles.
Un accès simplifié et généralisé : qu’il ait une dimension technologique (développement et densification des infrastructures, réduction des coûts, haut débit, etc.) ou éducative (alphabétisation numérique, formation, sensibilisation) ce présupposé au développement du e-Gouvernement prend toute son acuité dans un pays comme le nôtre.
Des services publics modernes : L’inertie de certains processus de modernisation et la coopération souvent laborieuse entre ministères, voire même au sein d’un ministère, complexifient parfois la mise en œuvre d’une stratégie pour le développement du e-Gouvernement. D’autant plus que se greffent sur ces éléments des impacts budgétaires, des gains souvent non quantifiables financièrement (délais, satisfaction, etc.) et des interrogations sur le corollaire des réductions des coûts, notamment en terme d’effectif de la fonction publique.
Toutes les stratégies pour le développement du e-Gouvernement affichent les mêmes objectifs : transparence, efficacité, réduction des délais de traitement, et rencontrent les mêmes obstacles : rentabilité en terme de résultats tangibles des investissements consentis, manque ou mauvaise exploitation des ressources humaines, risque de fracture numérique, complexités institutionnelles, sécurité.
Les trois enjeux cités précédemment (coordination, accès et services publics modernes) devront former les trois axes sur lesquels le gouvernement béninois doit concentrer ses efforts pour le développement du e-Gouvernement.
LA MISE EN ŒUVRE DU E-GOUVERNEMENT DEVRA S’ADAPTER AUX REALITES SOCIO-ECONOMIQUES DU PAYS: Il s’agira pour le Bénin à travers ce programme e-Gouvernement, d’insuffler une dose suffisante d’interactivité à l’Administration, aux établissements publics et aux collectivités locales au bénéfice, non pas de la seule communauté des internautes, d’ailleurs encore très peu nombreux au Bénin, mais, bien au contraire, à l’ensemble de ses usagers, citoyens, fonctionnaires, et entreprises. La stratégie visant à toucher l’ensemble des usagers de l’Administration se devra de prendre en compte les réalités du pays qui sont, en ce qui concerne le développement du e-Gouvernement de deux ordres : technologique et éducatif. Les aspects technologiques englobent l’état de l’infrastructure de télécommunication, le niveau de numérisation de l’Administration et le pourcentage des usagers ayant accès à cette infrastructure.
Les aspects éducatifs sont le taux d’analphabétisme, d’illettrisme et ce qu’il est maintenant communément convenu d’appeler « l’analphabétisme numérique ». A cet effet, un programme d’action gouvernemental doit être mise en œuvre à plus court terme pour faciliter l’accès aux usagers analphabètes, illettrés ou analphabètes numériques, qui jouissent des mêmes droits que les autres citoyens et pour lesquels le risque de marginalisation pourrait devenir encore plus grand. Ainsi, le e-Gouvernement du Bénin ne devra pas seulement être une offre d’informations en ligne, il devra également être une offre de téléservices ; un processus qui intègre tous les pans de la relation inter-administrations mais aussi et surtout la relation du public à l’Administration au sens global.
COMMENT METTRE EN ŒUVRE CE PROGRAMME E-GOUVERNEMENT ?
Pour tenir compte du contexte béninois, les aspects suivants rattachés au e - Gouvernement devront être discutés et un intérêt particulier devra être porté aux questions suivantes :
- Quels sont les préalables nécessaires à la mise en place du e - Gouvernement ?
- Quelles sont les plates-formes technologiques à la base des performances du e - Gouvernement ?
- Quels sont les mécanismes de suivi et de contrôle pour favoriser la réussite du e- Gouvernement ?
Dans tous les cas, comme cela s’est fait dans d’autres pays d’Afrique qui ont mis en œuvre ce programme, quelques concepts clés doivent être pris en compte pour créer les conditions favorables au développement du e-Gouvernement :
Concertation et communication : La concertation avec les différents acteurs du e-Gouvernement, qu’ils représentent l’Administration ou les usagers est un facteur déterminant de succès. Cette concertation doit en permanence s’assurer de l’appropriation par ces mêmes acteurs des projets e-Gouvernement. C’est pour cela que le comité e-Gouvernement qui va être formé devra s’efforcer d’une part d’associer l’ensemble des intervenants et de valoriser la cheville ouvrière que sont les professionnels du domaine, fonctionnaires ou employés, et d’autre part aller à la rencontre des usagers à travers les séminaires, expositions et journées portes ouvertes.
Mutualisation : Il s’agit à ce niveau de rentabiliser les investissements déjà consentis par l’Administration. Ainsi, quand une application est développée pour répondre à un besoin donné, cette application est proposée à titre gracieux aux autres Ministères, au moins pour sa partie générique qui est indépendante des spécificités de chaque département. En outre, la mutualisation concerne aussi le savoir faire, les ressources humaines spécialisées, les plates formes techniques, etc. La mutualisation ne concerne pas uniquement les applicatifs et systèmes d’informations développés en interne par l’Administration, mais également ceux développés par les prestataires privés pour le compte de l’Administration. Le comité e-Gouvernement devra donc s’élargir aux représentants du secteur privé afin d’éviter des développements récurrents sources de dépenses inutiles pour l’Administration.
Rationalisation des systèmes de travaux manuels : l’introduction des nouvelles technologies dans la fourniture des services gouvernementaux doit être précédée par une rationalisation des systèmes de travaux manuels comme moyens de hausser le rendement. Il est important d’éviter l’informatisation impulsive des processus avant que les systèmes de fonctionnement manuels ne soient révisés d’une manière scientifique.
Un cadre juridique et réglementaire : une autre dimension qui doit être examinée sérieusement dans la mise en œuvre des systèmes de e-gouvernement est le développement d’un cadre juridique et réglementaire. Ceci servira comme outil efficace pour la définition des frontières de fonctionnement, et en même temps instituera des mécanismes clairs pour prendre des mesures contre les défaillants.
Le niveau de “e-disposition” du pays : la mise en œuvre du e-gouvernement dépend en grande partie d’une évaluation des initiatives TIC réalisées pour la gouvernance locale. Le niveau de “e-disposition” du pays, est en quelque sorte le degré auquel le pays est prêt pour l’introduction du e-gouvernement (disponibilité des « infrastructures », de la technologie, des lois, règles, institutions, ressources humaines) et de la volonté politique. Il faudra aussi formaliser une « Vision à long terme » ; une vision claire et stratégique de ce que le gouvernement cherche à atteindre à travers le e-gouvernement. Ceci est nécessaire pour générer et guider le processus de transformation. Une telle vision doit prendre en considération les besoins et les occasions de développement à l’échelle nationale et locale, ainsi que les conditions auxquelles fait face le système gouvernemental ou des secteurs spécifiques.
Tous ces concepts doivent être partagés, approfondis, objectivés par les différents acteurs du projet e-gouvernement au sein des Ministères, des Administrations, mais aussi des collectivités locales. Ils doivent aussi être mis en commun avec les acteurs privés qui participent et servent ce projet.
En conclusion, je dirais que durant les trente dernières années, les gouvernements se sont toujours basés sur les grandes tendances économiques et sociales afin d’élaborer des politiques et des programmes plus appropriés. La mise en œuvre de ce programme va certainement améliorer énormément la collecte, le traitement et l’intégration des données. Une situation qui va accroître grandement la capacité du gouvernement à suivre et à prévoir les tendances et donc à réagir plus intelligemment. Il permettra l’amélioration des processus d’organisation internes du gouvernement, la promotion de la qualité de prestation des services, l’amélioration de la confiance générale entre le gouvernement, l’administration publique et le secteur privé, la promotion des pratiques démocratiques à travers la participation et la concertation avec le public.
La mise en œuvre du e-gouvernement ne sera pas qu’un simple changement du mode de prestation des services, de la gouvernance ou même de la démocratie ; il s’inscrira dans un changement fondamental de la nature même de la société. Nous allons passer de l’ère industrielle à l’ère de l’information.
Il est incontestable que le e-gouvernement est davantage qu’un outil destiné à rendre le fonctionnement du gouvernement plus efficace ou efficient ; le passage au e-gouvernement impliquera davantage que des changements à la prestation de services ; il occasionnera des changements majeurs à l’organisation interne du gouvernement.
Grâce au e-gouvernement, de grandes quantités de nouvelles informations seront mises à la disposition des citoyens. Le e-gouvernement engendrera davantage que des changements majeurs à l’organisation interne du gouvernement. Il modifiera aussi profondément son existence externe et notamment ses rapports avec les citoyens et la pratique de la démocratie.
Article rédigé par Gilletta GBANHOUN-MOUYABI Agentic
